Chapitre premier
C’était la première journée que je passais au bureau depuis plus d’une semaine. Pour une raison quelconque, mon travail d’exorciste ne me semblait plus aussi satisfaisant ces derniers temps. Découvrir qu’exorciser les démons ne les tuait effectivement pas m’avait privée de ma joie de vivre. Bien entendu, le fait que j’étais moi-même possédée par le roi des démons n’était pas étranger à mon état.
Cependant, héberger le roi des démons en essayant de le protéger de son frère, Dougal, l’usurpateur potentiel du trône, ne payait pas les factures qui s’entassaient. Cela faisait moins d’un mois que ma maison avait brûlé avec tous mes biens et il restait encore à ma compagnie d’assurance à me combler de ses largesses.
Avec le sérieux retard que j’avais accumulé, je fus très déçue de constater que la petite fée de la paperasse ne s’était occupée de rien en mon absence. J’émis un son entre le soupir et le grognement avant de me laisser tomber dans mon fauteuil et d’allumer mon ordinateur. En attendant que mon dinosaure rassemble l’énergie suffisante pour se mettre en route, je consultai ma boîte vocale. J’avais une flopée de messages de la Commission de l’Exorcisme américain qui me rappelait que (a) j’étais en retard dans le paiement de mes charges et que (b) j’étais en retard dans le traitement de la paperasse inhérente à mes trois derniers exorcismes. Il y avait également les habituels démarchages téléphoniques m’invitant à tout prix à changer de compagnie de téléphone pour les appels longue distance, mais je fus beaucoup plus intéressée par les trois messages – chacun plus urgent que le précédent – laissés par une femme qui se présentait sous le nom de Claudia Brewster. Elle ne disait pas ce qu’elle voulait mais je supposai qu’un être cher devait être possédé par un démon illégal.
Je notai son numéro de téléphone en fronçant les sourcils parce qu’il s’agissait d’un numéro local. À Philadelphie et dans sa région, c’est presque toujours le système judiciaire qui me contacte lorsqu’un démon illégal ou criminel est emprisonné, et je n’avais entendu parler de rien. Il m’était arrivé d’être engagée par des familles désespérées (ce n’est pas pour me vanter, mais je détiens le record du nombre d’exorcismes des États-Unis), mais il s’agissait en général de cas en dehors de mon État.
Je composai le numéro à appeler en journée que Mme Brewster avait laissé et tombai sur sa secrétaire. Mme Brewster était en réunion, mais la secrétaire prit le message et m’affirma que Mme Brewster me rappellerait d’ici à deux heures. Je raccrochai et mes épaules s’affaissèrent aussitôt. C’en était fini de mon sursis concernant la paperasse redoutée.
Mon ordinateur ayant fini par s’arracher à son sommeil, j’entamai ma pénible progression dans mon travail en retard. Comme vous avez dû le deviner, ce n’est pas la partie de mon activité que je préfère et je dus lutter pour résister à la tentation d’une petite partie de Solitaire sur l’ordinateur.
Environ une heure plus tard, alors que j’éprouvais une certaine fierté en constatant ma productivité – ainsi que ma volonté –, on frappa avec hésitation à la porte du bureau. Je n’attendais personne et personne n’était au courant que je me trouvais là. Je sortis mon sac du tiroir du bureau pour prendre mon Taser. Hé, mieux vaut prévenir que guérir, non ?
— Entrez ! dis-je en tenant le Taser désormais sur mes genoux, caché par le bureau.
La porte s’ouvrit et une charmante quadragénaire entra dans la pièce. Vêtue d’un tailleur-pantalon bleu foncé à rayures fines qui semblait avoir été cousu sur elle, tout dans sa personne parlait d’Amérique conservatrice et corporate. Cette impression était accentuée par ses cheveux blonds qu’elle avait coiffés en un chignon parfaitement laqué et par un maquillage censé faire croire qu’elle n’en portait aucun. Elle n’aurait pas juré comme unique représentante féminine au beau milieu d’une salle de réunion emplie de vieilles badernes.
J’essayai de deviner l’identité de ma visiteuse.
— Madame Brewster ? demandai-je, en m’interrogeant sur la raison pour laquelle elle n’avait pas appelé avant de venir.
La paranoïa – qui correspondait à mon état d’esprit permanent ces derniers temps – me poussa à élaborer un certain nombre d’hypothèses désagréables. Aussi, au lieu de me lever et de lui serrer la main, je restai assise avec mon arme prête à l’emploi.
— Je vous en prie, appelez-moi Claudia, dit-elle avec un sourire crispé en fermant la porte derrière elle.
— Claudia, dis-je, en la détestant aussitôt sans aucune raison. Je reçois habituellement mes clients sur rendez-vous et je suis très occupée actuellement. (Je tapotai vaguement sur quelques touches de mon clavier en tournant mon visage vers l’écran tout en la surveillant du coin de l’œil.) Je peux vous recevoir demain à… (Je fis mine d’examiner un agenda.)… 15 heures. Est-ce que cela vous convient ?
Je me tournai vers elle en affichant mon sourire le plus fade.
Claudia s’humecta les lèvres et changea sa prise sur le sac à main griffé qu’elle portait à l’épaule. Ce ne fut qu’à cet instant que je remarquai quelle agrippait la bandoulière de son sac comme une corde de survie.
— Je vous en prie, mademoiselle Kingsley, dit-elle, au bord des larmes. Cela fait une semaine que j’essaie de vous joindre et je… je ne sais plus quoi faire.
Je me radoucis. Je compris que ma réaction de rejet avait été motivée par l’impression que cette femme maîtrisait tout… contrairement à moi. Mais ni son tailleur de femme d’affaires ni son maquillage de luxe ne pouvaient camoufler son désespoir.
— Appelez-moi Morgane, dis-je en me laissant gagner par la curiosité. Asseyez-vous, je vous en prie.
J’indiquai les deux chaises face à mon bureau et, avec un soupir de soulagement, elle se laissa tomber sur celle de droite et posa son sac sur celle de gauche. Je croisai mes mains sur le bureau devant moi, le Taser toujours sur mes genoux, où je pouvais l’atteindre facilement en cas de besoin.
— Que puis-je faire pour vous, Claudia ?
Elle prit une profonde inspiration comme pour se donner du courage avant un effort considérable. La tension transparaissait aux coins de ses yeux et elle se passa une nouvelle fois la langue sur les lèvres.
— Je ne sais plus vers qui me tourner, dit-elle en m’adressant un regard implorant.
— D’accord, répondis-je lentement avant de lui faire signe de reprendre alors qu’elle essayait de gagner du temps.
— J’ai désespérément besoin de vos compétences.
Les gens étaient souvent réticents et mal à l’aise quand il s’agissait de faire appel à moi. Pour des raisons qui m’échappaient, ils étaient souvent gênés qu’un de leurs proches soit possédé. Pourtant, Claudia poussait la situation aux limites de l’absurde en hésitant de façon aussi étrange. J’avais compati pendant environ soixante secondes, ce qui je pense est un record personnel. Je décidai qu’il était grand temps de retrouver mon habituel franc-parler.
— Crachez le morceau, dis-je avec impatience. Vous voulez que j’exorcise un démon.
Une flamme fugace embrasa son regard. Il semblait que mon ton revêche de garde-malade l’avait un peu calmée.
— Oui, bien sûr, mais ce n’est pas si simple, sinon je serais passée par des voies plus traditionnelles.
Elle croisa les jambes, sans cesser de remuer un de ses pieds.
— C’est au sujet de mon fils, Tommy. (Elle grimaça.) Tom, se corrigea-t-elle, et je dus réprimer un sourire.
— Vous pensez que votre fils est possédé.
Elle secoua la tête.
— Je sais qu’il est possédé. (Elle parut remarquer les tressautements de son pied et se contraignit à y mettre fin.) Le démon est entré en lui alors que son père et moi étions en vacances.
Je ne comprenais toujours pas pourquoi elle était là.
— Jusque-là, cette histoire concerne la police, lui dis-je. Une fois que les policiers auront mis votre fils en cellule de confinement, je pourrais m’y rendre pour établir un diagnostic officiel. (Je levai la main pour contrer sa tentative d’interruption.) Je ne dis pas que je ne vous crois pas : je dis juste qu’il faut suivre la procédure standard. Une fois que j’aurai livré mon diagnostic.
— Mademoiselle Kingsley, me coupait-elle, je vais aller droit au but. Hormis le bon sens, tout tend à prouver que mon fils est un hôte consentant.
— Un hôte consentant, répétai-je d’un air stupide.
Je m’étais imaginé Tommy Brewster comme un adolescent irascible, mais il devait avoir au moins vingt et un ans pour être un hôte légal. J’augmentai de quelques années mon estimation de l’âge de Claudia.
Elle acquiesça.
— Ils ont les formulaires signés et tout le reste. Mais en aucun cas mon fils ne s’est porté volontaire pour héberger un démon.
Et moi qui avais pensé qu’elle avait tout sous contrôle ! Je croyais être la reine du déni mais je venais de trouver une nouvelle prétendante au trône.
— Vous êtes au fait du processus d’enregistrement pour devenir un hôte légal, n’est-ce pas ? demandai-je.
Elle émit un petit « tsk » impatient.
— Bien sûr que je le connais, mais…
J’en énonçai les différentes étapes en les énumérant sur mes doigts.
— Il doit signer les documents en présence de témoins. Dans une salle de tribunal. Enregistré sur vidéo. Et après avoir passé un entretien avec un psy qui établit son aptitude. Est-ce que vous essayez sérieusement de me dire qu’il a fait tout cela contre son gré ? Et que personne ne s’en est rendu compte ?
Elle pinça davantage les lèvres.
— Je sais que cela peut paraître bizarre. Et je sais que vous me considérez juste comme une mère désespérée qui ne peut pas accepter que son bébé ait grandi. (Elle se força à sourire mais c’était un rictus.) Le dernier point est sans doute vrai. (Le sourire forcé disparut.) Mais se porter volontaire pour héberger un démon est la dernière chose au monde que Tommy aurait faite. Il hait les démons. Il les hait de tout son cœur.
Moi-même je ne les portais pas non plus dans mon cœur – d’où mon choix de carrière professionnelle – mais je devais admettre que le fait de connaître Lugh, le roi des démons, avait réduit ma haine d’approximativement un cheveu.
— Les gens peuvent changer d’avis.
— Pas de cette façon. Vous savez, quand mon mari et moi-même sommes partis aux Bahamas, nous avions finalement abandonné tout espoir d’extirper Tommy – Tom – de Colère de Dieu.
J’en eus le souffle coupé. Colère de Dieu est le groupe de haine antidémons le plus actif qui soit. Leur spécialité, c’est de rôtir les gens vifs afin de détruire la « progéniture de Satan », comme ils appellent les démons. Ils sont tellement radicaux qu’ils détestent même les exorcistes parce que, lorsque nous chassons un démon hors de son hôte, ce dernier s’en sort vivant. Bien sûr, environ 80 % des hôtes exorcisés restent des légumes jusqu’à la fin de leur vie, mais Colère de Dieu ne considère pas cet état comme une punition assez sévère pour ces pécheurs qui ont invité des démons dans notre monde. Alors je dois admettre que l’idée qu’un membre de Colère de Dieu se porte volontaire pour devenir un hôte était un peu incongrue…
— Nous nous sommes absentés dix jours, poursuivit Claudia. Vous croyez vraiment qu’un militant officiel de Colère de Dieu peut consentir en dix jours à devenir l’hôte d’un démon ?
Cela semblait en effet très étrange. Bon sang, je ne voyais même pas comment un ancien membre de Colère de Dieu pouvait être accepté au sein de la Société de l’esprit en si peu de temps, encore moins obtenir un rendez-vous avec un juge, faire approuver toute la paperasse et organiser une cérémonie d’invocation.
— Je suppose que vous avez fait part de vos inquiétudes à la police ? demandai-je.
Elle acquiesça.
— Naturellement. Tous s’accordent à dire que la situation est inhabituelle, mais il n’y a aucune preuve qu’un crime ait été commis. (Sa voix se fit plus amère.) Tous ces gens m’assurent avec beaucoup de compassion qu’ils ne peuvent rien faire pour nous aider.
— Que croyez-vous qu’il se soit passé ?
Claudia cligna des yeux pour se débarrasser de ce qui me parut être une amorce de larmes.
— Je pense qu’il devait être déjà possédé quand il a signé les papiers.
Je secouai la tête.
— Ce genre d’histoire ne s’est pas produit depuis trente ou quarante ans.
Il y avait eu le cas célèbre, dans les années 1960, d’un jeune homme qui était en fait déjà possédé au moment de signer les formulaires de consentement. Depuis cette affaire, le demandeur devait au préalable être examiné par un exorciste.
— L’exorciste qui était de service a affirmé que Tommy n’était pas possédé, mais on a très bien pu lui graisser la patte.
C’était possible, même si c’était difficile à prouver.
— Qui était l’exorciste ?
— Sammy Cho.
Je parvins à éviter de faire une drôle de tête. Sammy était un exorciste de seconde zone : ce qui expliquait pourquoi il faisait des boulots de merde, comme examiner les aspirants hôtes. Pourtant, même le plus mauvais des exorcistes est capable de lire une aura et d’identifier un démon et Sammy avait un tel bâton dans le cul que je m’attendais à moitié que des feuilles lui sortent des oreilles au printemps.
— Aucune chance qu’on ait graissé la patte de Sammy, dis-je.
— Personne n’est incorruptible.
— Sammy l’est. Croyez-moi, je le connais bien.
Uniquement d’un point de vue professionnel, bien sûr, et étant moi-même une hors-la-loi invétérée, j’essayais de passer le moins de temps possible en sa présence. Mais j’en aurais mis ma réputation au feu : il mourrait plutôt que de se laisser corrompre.
Claudia repoussa mon affirmation d’un geste de la main.
— Finalement, peu importe de quelle manière cela s’est passé. Le fait est que mon fils a été possédé contre son gré. (Elle déglutit avec peine.) Je sais qu’il est peut-être déjà trop tard, qu’il se peut qu’il ne s’en sorte jamais, mais je dois faire sortir ce démon de son corps.
Et je pris alors conscience de ce qu’elle attendait de moi.
— Vous voulez que je procède à un exorcisme illégal.
Elle releva le menton d’un air de défi.
— Mon époux et moi avons de l’argent. Nous sommes prêts à payer le prix que vous demanderez.
Je ne savais si je devais me sentir offensée qu’elle imagine que je puisse être achetée, ou compatir avec elle de la terrible épreuve qu’elle traversait. Ce que je savais en revanche, c’était qu’il était hors de question que je pratique un exorcisme illégal.
— Vous pourriez me payer des sommes fabuleuses que ça ne changerait rien pour moi… parce que je finirais en prison. L’exorcisme illégal est considéré comme un meurtre.
Et uniquement parce que les autorités ignoraient que les démons ne mouraient pas mais qu’ils étaient seulement réexpédiés au Royaume des démons. Personne ne me croirait si je déclarais cela pour me défendre. De plus, j’avais déjà été arrêtée une fois pour exorcisme illégal et je gardais un mauvais souvenir de cette expérience.
— Je comprends qu’il s’agirait pour vous d’un risque considérable, dit-elle, sa voix s’adoucissant malgré tout son désespoir. Mais une fois que nous aurons récupéré Tommy, il pourra confirmer qu’il n’était pas consentant et…
— Vous avez dit vous-même qu’il se pouvait qu’il soit trop tard.
Si Tommy Brewster hébergeait réellement un démon illégal, alors il y avait bien plus de 80 % de chances qu’il reste un légume après le départ du démon. Une petite information supplémentaire de ma connaissance, durement acquise, des sinistres secrets que les démons dissimulent à la race humaine : les dommages cérébraux de l’hôte sont causés par les mauvais traitements infligés par son démon et il arrive même que des démons légaux ne traitent pas très bien leur hôte.
Avec un pincement au cœur, je pensai à mon frère, Andrew. Il avait hébergé le frère de Lugh, Raphael, pendant dix années, et il avait passé des semaines en état de catatonie après le départ de son démon. La bonne nouvelle, c’était qu’il s’en était sorti. La nouvelle vraiment merdique, c’était que Raphael l’avait de nouveau possédé.
Je me contraignis à me concentrer sur le problème actuel. Qu’est-ce que je disais ? Ah oui.
— S’il devient un… (Je m’interrompis car je trouvais délicat d’utiliser maintenant le terme de « légume ».) S’il se retrouve en état de catatonie une fois que le démon l’a quitté, il ne pourra rien confirmer du tout. Il n’y a pas que mes fesses que je tiens à garder sauves, ce sont les vôtres aussi. Votre mari et vous seriez considérés comme des complices. Je suis désolée mais je ne peux pas. Et si vous trouvez un autre exorciste qui accepte, vous pouvez être sûre à 99 % que vous allez vous faire rouler. Personne ne prendra le risque d’être inculpé pour meurtre… D’autant que le nombre de suspects sera extrêmement réduit.
Il n’y a que deux cents exorcistes aux États-Unis et nombre d’entre eux produiraient des alibis. Si l’un d’eux était assez stupide pour prendre l’argent des Brewster, il se retrouverait en prison en un rien de temps.
— Alors que me suggérez-vous ? demanda Claudia avec amertume. Décréter que mon fils est mort ? Regarder cette… chose vivre la vie de mon fils ? (Elle fut prise d’un frisson.) Je ne peux pas m’y résoudre. Je ne le ferai pas.
Une larme serpenta le long de sa joue et elle l’essuya d’un geste de colère. Elle ne m’avait pas semblé être une femme qui pleurait facilement, mais c’est étonnant à quel point la famille peut être une source de douleur.
Elle se leva en arrachant son sac de la chaise près d’elle. Mon cœur se serra. La situation que j’avais traversée avec mon frère me faisait ressentir sa douleur avec encore plus d’acuité. On pouvait toujours penser que le monde ne se porterait pas plus mal avec un cinglé de Colère de Dieu en moins, qui passait son temps à piétiner dans tous les coins, déterminé à faire griller tout le monde. Mais j’aurais préféré voir ce cinglé enfermé dans une geôle de brique et de mortier plutôt que prisonnier de son propre corps, sans pouvoir rien faire.
— Écoutez, ne prenez pas de décision hâtive, lui conseillai-je alors qu’elle se dirigeait à grands pas vers la porte.
Elle s’arrêta et me regarda par-dessus son épaule.
— Je ferai ce que je dois faire pour sauver mon fils. Il a déjà traversé assez d’épreuves. Je ne l’abandonnerai pas.
— Ouais, j’ai compris. J’ai un ami, euh, dans la police.
Appeler Adam mon « ami », c’était un sacré grand écart, mais je ne voyais pas d’autre manière de le décrire en moins de cinq minutes.
— Laissez-moi lui en parler pour voir ce qu’il suggère.
— Ils m’ont déjà dit qu’ils ne pouvaient pas m’aider.
— Je sais, mais mon ami pourrait peut-être tirer quelques ficelles. Faire en sorte que les policiers s’intéressent d’un peu plus près à votre affaire, pour voir s’il y a moyen de trouver une preuve de coercition.
En fait, Adam est directeur des Forces spéciales, la branche de la police qui traite tous les crimes liés aux démons. Il a également l’habitude de prendre quelques libertés avec la loi, ce qui signifiait qu’il serait peut-être en mesure d’agir comme un flic réglo ne pourrait pas le faire.
Claudia avait l’air sceptique, mais elle réussit à m’adresser un signe de la tête.
— Merci. Bien entendu, je vous rémunérerai pour votre temps.
J’aurais su de quelle manière dépenser son argent, mais je ne trouvais pas juste de la faire payer alors que c’était Adam qui allait faire tout le boulot.
— Pas besoin. Si je finis par pratiquer un exorcisme légal pour vous, vous pourrez alors me rétribuer. En attendant, est-ce que je peux avoir l’assurance que votre mari et vous ne tenterez rien d’illégal pendant que je me renseigne ?
Elle hésita avant d’acquiescer.
— D’accord. J’apprécie votre aide et je suis désolée de vous avoir demandé de prendre de tels risques.
Non, elle n’était pas désolée, mais je ne pouvais pas vraiment lui en vouloir. Aussi j’acceptai ses excuses.